Louis XI (1423-1483), roi de France (1461-1483)

Louis XI (1423-1483), roi de France (1461-1483), fils et successeur de Charles VII. Il poursuivit l'œuvre de centralisation et de stabilisation du royaume engagée par son père, après les ravages de la guerre de Cent Ans, tout en s'employant à contenir l'expansionnisme de la maison de Bourgogne.

École française du XVe siècle, Portrait de Louis XI. Château de Versailles.

 

 

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UN HÉRITIER TURBULENT Né à Bourges, le dauphin Louis fut marié en 1436 à Marguerite Stuart, fille de Jacques Ier, roi d'Écosse, qui devait mourir en 1444. En désaccord permanent avec son père, auquel il reprochait sa liaison avec Agnès Sorel, il participa, à l'âge de dix-sept ans, à une révolte dirigée contre les réformes militaires voulues par le roi, la Praguerie, dans laquelle se trouvaient impliqués les grands seigneurs du royaume, dont Louis de Bourbon, Dunois et le duc d'Alençon. Pardonné après l'échec de la Praguerie, le dauphin reçut le gouvernement du Dauphiné, mais, en 1446, tenta encore de soulever l'Agenais contre son père.

Banni, assigné à résidence dans son gouvernement du Dauphiné, où il se montra un remarquable administrateur, il épousa en secondes noces, malgré l'interdiction formelle de son père, la jeune Charlotte de Savoie, qui lui apporta en dot une fortune considérable. Ses intrigues continuelles le forcèrent finalement à se réfugier à la cour du duc de Bourgogne, Philippe III le Bon, où il apprit la mort de son père, en 1461.

LA LUTTE CONTRE LES GRANDS Sacré à Reims en juillet de la même année, le nouveau roi fit son entrée dans Paris et entreprit immédiatement de se séparer des conseillers de son père. Il les remplaça par des proches, anciens compagnons d'exil (parmi lesquels Jean Bourré, qui l'avait secondé dans le Dauphiné), seigneurs de grande naissance (comme Pierre de Beaujeu, qui deviendra son gendre, et Georges de La Trémoille) et hommes issus du peuple ou de la bourgeoisie, qui lui furent toujours fidèles (Tristan Lhermite, Olivier le Daim, les médecins Jean Choisnet et jacques Coitier).

Derrière le roi Louis XI, assis au centre des membres de l'ordre de Saint-Michel, un tableau surmonté des fleurs de lys royales représente l'archange saint Michel terrassant le dragon. Institué à Amboise en 1469, l'ordre, dont le roi de France était le grand maître, comprenait 36 chevaliers.

Jean Fouquet, Louis XI fondant l'ordre de Saint-Michel. Frontispice des statuts de l'ordre de Saint-Michel, enluminure extraite des Grandes Chroniques de France, 1469. Bibliothèque nationale de France, (Paris).

« Fouquet, Louis XI fondant l'ordre de Saint-Michel »,

Simple jusqu'à l'excès, profondément superstitieux, avare et méfiant, seulement passionné par la chasse et la politique, le roi rompit avec la pratique de ses prédécesseurs, entretenant une réelle proximité avec le peuple et n'hésitant jamais, chaque fois qu'il estimait que la grandeur du royaume l'exigeait, à se dresser contre les grands féodaux.

Louis XI, soucieux d'étendre les frontières de son royaume, lança dès 1462 une campagne en Catalogne contre Jean II d'Aragon, auquel il réussit à arracher le Roussillon et la Cerdagne?; dans le même temps, il manifesta son intérêt pour les villes de la Somme, que son père avait cédées à Philippe de Bourgogne, et qu'il racheta à ce dernier, au grand mécontentement du fils du duc Philippe, Charles, comte de Charolais, le futur Charles le Téméraire.

Ne cessant, par ses initiatives, de menacer les privilèges de la noblesse, Louis XI suscita contre lui la formation d'un premier complot, associant des grands féodaux auxquels s'était joint son propre frère, Charles, duc de Berry. Cette première conspiration échoua, mais ses membres reçurent, au mois d'août 1464, le soutien de Charles, comte de Charolais, qui prit la tête de la ligue du Bien public, à l'origine d'une véritable rébellion contre l'autorité royale. Après la bataille de Monthléry, où aucun camp ne fut réellement vainqueur (1465), le roi signa les traités de Conflans et de Saint-Maur, par lesquels il abandonnait de nouveau les villes de la Somme et cédait en apanage la Normandie à son frère Charles.

Il parvint à lui reprendre cette province dès l'année suivante, mais dut affronter, en 1467, une nouvelle coalition, regroupant son frère, ainsi que Charles le Téméraire, nouveau duc de Bourgogne, Édouard IV, roi d'Angleterre, et François II, duc de Bretagne?; à ce dernier, il put imposer le traité d'Ancenis (septembre 1468), l'obligeant à rompre son alliance avec le Téméraire.

Au cours de la même année, Louis XI, trop sûr de lui, proposa au duc de Bourgogne de le rencontrer à Péronne, tandis qu'il provoquait en sous-main le soulèvement des villes bourguignonnes de Liège et de Gand. Informé de cette perfidie, le duc retint prisonnier le roi et ne le libéra que contre la cession de la Champagne à son allié Charles de Berry, tout en le contraignant à assister à la répression qui écrasa Liège.
Aussitôt libéré, Louis XI fit emprisonner le cardinal La Balue pour trahison, l'accusant d'être responsable du désastre de Péronne. Il annula les concessions faites sous la menace, et parvint, en 1469, à convaincre son frère d'accepter la Guyenne au lieu de la Champagne, espérant ainsi le séparer du Téméraire, aux dépens duquel il s'emparait de Roye, Montdidier, Amiens et Saint-Quentin (1471).
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LE PROBLÈME BOURGUIGNON Louis XI ne cessait de se heurter à la puissance grandissante du duc de Bourgogne qui, déjà possesseur du comté de Flandre, ne cachait pas son ambition de constituer un État d'un seul tenant, grâce à l'annexion de l'Alsace, de la Lorraine et de la Champagne. Au début de 1472, une nouvelle coalition se forma contre la France, regroupant le frère du roi, auxquels s'étaient joints Jean V d'Armagnac, Jean II d'Aragon, François II de Bretagne, Jean d'Alençon, ainsi que le Téméraire et le roi d'Angleterre, contre lequel Louis XI venait de conclure une alliance avec Warwick.
La mort de Charles de Berry (juin 1472), la défaite du Téméraire devant Senlis et l'abstention du roi d'Angleterre permirent à Louis XI de triompher, sauf dans le Roussillon, où Jean II d'Aragon s'empara des territoires acquis au roi. En 1473, l'annexion du duché de Gueldre par le Téméraire provoqua contre lui une coalition des villes suisses et allemandes, qui fut encouragée par Louis XI, tandis qu'il concluait la paix avec l'Angleterre par le traité de Picquigny (août 1475), acquis grâce au pouvoir de son allié Warwick.
Tout en s'employant à réduire la puissance des grands féodaux (il rattacha l'Armagnac à la France après la mort de Jean d'Armagnac et se fit livrer le comte de Saint-Pol, qui fut exécuté pour trahison), il continua d'encourager la révolte des Suisses contre le Téméraire, qui essuya deux échecs consécutifs, à Grandson et Morat (1476).
Après la mort du Téméraire devant Nancy, en janvier 1477, Louis XI s'empressa d'occuper la Bourgogne, la Picardie et l'Artois, mais fut défait à Guinegatte par Maximilien Ier d'Autriche, époux de Marguerite de Bourgogne (1479). Trois ans plus tard, le traité d'Arras entérina la possession par Louis XI de la Bourgogne et des villes de la Somme, l'Artois et la Franche-Comté revenant en dot à Marguerite, fille de Maximilien et de Marie de Bourgogne, que l'on fiança au dauphin (le mariage ne fut finalement pas conclu). Philippe le Beau n'était appelé à hériter que du reste des États de son aïeul Charles le Téméraire : la puissance bourguignonne était définitivement vaincue.
Dans le même temps, entre 1480 et 1481, Louis XI ajouta à son royaume l'Anjou, le Maine et la Provence, héritage de son oncle René Ier le Bon.

UN ADMINISTRATEUR AVISÉ Tout au long de son règne, Louis XI se préoccupa de promouvoir l'essor économique de la France et favorisa le relèvement de l'agriculture dans les régions qui supportaient encore les conséquences de la guerre de Cent Ans?; l'octroi d'exemptions fiscales, de subventions directes, l'appel à des populations venues d'Espagne et d'Italie stimulèrent la mise en culture des terres laissées en friche.

écu en Or , dit "du soleil",de louis XI

 

S'appuyant sur la bourgeoisie des villes, à laquelle il accorda de nombreux avantages, ce qui permit une réelle expansion de l'industrie et du commerce, il encouragea les industries de luxe, notamment par la création de soieries, à Lyon puis à Tours, institua des réglementations dans l'industrie drapière et dans l'industrie minière, développa l'imprimerie, les grandes foires (notamment celle de Lyon, qui dépassa sa rivale, Genève), se préoccupa de l'amélioration du réseau routier, des voies navigables et des ports.

Dans le domaine militaire, il poursuivit l'œuvre commencée par son père, et multiplia la création des compagnies d'ordonnance et des corps de francs-archers, tout en instituant un service de voltigeurs, embryon d'un véritable service postal. Le retour de la prospérité lui permit de lever de lourds impôts, qui le rendirent de plus en plus impopulaire.

Louis XI mourut dans son manoir de Plessis-lez-Tours au mois d'août 1483. Son fils Charles VIII, trop jeune pour régner, fut placé sous la régence de sa sœur Anne et de l'époux de cette dernière, Pierre de Beaujeu. Une autre des filles du roi, Jeanne la Folle, fut la première épouse du roi Louis XII.

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