LES TRAVAILLEURS CHINOIS PENDANT LA GUERRE 1914 – 1918
A l’instar de l’exode des Montbrehainois en 1918, voilà un autre épisode peu connu de la Grande Guerre : l’arrivée à partir de 1916 de travailleurs chinois dans le Nord de la France. La guerre a commencé en août 1914. Dès 1915, les autorités françaises et britanniques négocient avec le gouvernement chinois pour recruter des travailleurs. L’accord est finalisé en mai 1916 et immédiatement des milliers de volontaires – ou supposés tels – sont envoyés en France pour soutenir l’effort de guerre. Moyennant la signature d’un contrat, on promettait à ces malheureux des salaires élevés pour travailler dans l’agriculture ou dans l’industrie. La réalité sera bien différente : ils seront exploités essentiellement sur les bases arrières des champs de bataille, dans des conditions matérielles et humaines effroyables. Entre 1916 et 1918, 140 000 Chinois arriveront en France. 96 000 seront affectés à l’armée anglaise, 37 000 à l’armée française et 7 000 à l’armée américaine.
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Dès la stabilisation du front en 1915, les Anglais avaient fait d’Abbeville une importante base arrière, Saint-Valéry-sur-Somme ayant été transformé en port militaire. Les Chinois ont certes participé à tous les travaux d’aménagement et d’exploitation, mais ils seront très vite utilisés à des tâches n’ayant rien à voir avec le contrat qu’ils avaient signé : creusement de tranchées pour les combattants, déminage des champs de bataille, exhumation et ensevelissement des soldats morts au combat. Les Chinois affectés à l’armée américaine sont arrivés dans notre région en octobre 1918 avec les fantassins US. Leur rôle était là encore uniquement le déminage, l’exhumation et l’enterrement des cadavres. Si la nationalité des soldats morts au combat pouvait être établie, les soldats britanniques et ceux du Commonwealth étaient enterrés dans les cimetières militaires anglais implantés sur l’ensemble de la région, les soldats américains étant enterrés au cimetière militaire de Bony. Les cadavres des soldats allemands et ceux non identifiables étaient ensevelis dans des fosses communes, souvent creusées dans les cimetières communaux. Nos anciens qui ont connu l’hiver 1818 – 1919 avaient le souvenir de ces pauvres hères vivant dans un dénuement total : pas de vêtements chauds, marchant souvent pieds nus, très mal nourris et parqués dans des camps insalubres, tout contact avec les populations locales leur étant interdit. On est loin des photos officielles des travailleurs chinois prises à l’époque par les alliés à des fins de propagande.
La mission de ces « travailleurs » chinois se terminera en 1919. Bien qu’il n’y ait aucune statistique officielle, on estime à plusieurs dizaines de milliers le nombre de morts en France. Les raisons de ces décès sont essentiellement les explosions dans les opérations de déminage, la malnutrition, les maladies et les épidémies telles que la grippe espagnole (1).
Beaucoup de Chinois ont été inhumés dans des cimetières militaires anglais ; 850 reposent au cimetière du hameau de Nolette, à Noyelles-sur-Mer dans la Somme. Les survivants retrouveront leurs villages d’origine à la fin 1919. Seuls un peu plus de 2 000 décideront de rester en France. Beaucoup s’installeront dans les grandes agglomérations comme Lille et surtout Paris.
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Un de ces Chinois serait resté à Bohain en 1919, où il aurait fondé un foyer. Des internautes pourront-ils nous le confirmer ?

Récit de Monsieur Guy Laurence.
(1) En 1918 et 1919, l’épidémie mondiale de « grippe espagnole » a tué, selon les estimations, entre 40 et 50 millions de personnes. La première guerre mondiale a fait 10 millions de morts.

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